un an a passé. Je suis maintenant à Bali et conséquemment j'ai ouvert un nouveau blog concernant mon passage en Asie:
http://gregoirerenard2.blogspot.com/
le Fou sur la Delfinière
Carnets de voyage Pacifique Sud Avril- Octobre 2011
dimanche 21 octobre 2012
samedi 17 décembre 2011
Noumea
La vie pour moi sur le Caillou a toute la monotonie du quotidien. Je dois parfois me convaincre que je suis dans une île du Pacifique tant il est facile de se croire en France. En France et sur un continent. L’île est grande, très grande, surtout quand on vient des Tuamotus où il est quasiment impossible de perdre la mer de vue.
Quant à la population, il existe ici un antagonisme que je n’ai pas ressenti en Polynésie. Il m’a fallu plus d’un mois avant d’entendre parler Kanak. C’est comme si ce peuple avait été tellement réduit qu’il ne parlait plus sa langue qu’en chuchotant, quand aucune zoreille n’est à portée. Les polynésiens parlent librement leur langue, l’emploient au quotidien. Ici, il m’a fallu me concentrer pour entendre le Kanak, à l’arrét de bus ou ailleurs. C’est comme s’ils en avaient honte. Le type qui m’employait, ici depuis plus d’un an, ignorait même qu’il y ait jamais eu une langue kanake, alors que les français ne sont arrivés ici qu’ au milieu du XIXième siècle, quand il se cherchaient un autre bagne que Cayenne pour déporter les révoltés, de Paris ou d’Alger ou d’ailleurs.
Travaillant sur un chantier, j’ai rencontré les trois, ou plutôt les quatre composantes de la population de Nouvelle-Calédonie. Les caldoches (les pieds noirs du coin), les kanaks, les wallis (polynésiens de Wallis et Futuna, des gros gabarits comme les mecs des Australes ou des Fidji) et les zoreilles dont je fais officiellement partie (blancs de métropole).
Franchement, je préférais être un popa qu’un zoreille. Le mot a une connotation plus sympathique. S’il y a une chose que j’ai apprécié en Polynésie, c’est leur indépendance d’esprit. «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui» disait Desproges. A Tahiti je pouvais rire de tout avec n’importe qui. Pas ici. Du coup mes potes me manquent. Les deux Alex, Taka, les vahinés du Teamo, les joueurs d’échecs du parc Bougainville... La Mélanésie m’apparait comme un repoussoir face à la Polynésie mais c’est probablement que nous obéissons tous à la loi des contrastes et aux erreurs de parallaxe. Ici, j’ai rencontré Basile, Gaby et d’autres. Gaby est maçon, indépendantiste, sage, avec en plus une touche rastafari et des images du Che Guevara sur sa camionette.
Basile est cariste, puissant, travailleur, avec un beau profil assyrien, une gentillesse et cette tranquillité de ceux qui sont profondément ancrés en terre. Ces deux-là me suffisent pour dire que nous sommes de la même espèce, que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare, que je suis chaque jour un peu plus fatigué du racisme dont il semblerait que personne ne soit complètement exempt. Je pense qu’il se passera encore beaucoup de temps avant que quiconque puisse officiellement se déclarer simplement être humain et citoyen du monde, sans se faire lapider dans la minute qui suit.
Au fait, «kanak» est justement un mot polynésien. Il signifie «homme libre»...
samedi 15 octobre 2011
Nouméa, Nouvelle Calédonie
Ceci est probablement la dernière entrée de ce blog. Je suis arrivé à Nouméa où je suis censé rester quelques mois à travailler pour résorber mes dettes et trouver de quoi continuer ma route vers l’Ouest.
J’ai traversé l’océan Pacifique. Un bon quadrant de la Terre, tel que l’avait calculé Eratosthène. Plus de deux mois en mer. A l’époque du GPS et des trimarans qui remontent le vent à plus de trente noeuds, on se dit que ce n’est rien, que tout ce que j’avais à faire, c’était de rester sur le bateau sans me foutre par-dessus bord quand j’allais pisser, ni m’endormir pendant mes quarts. J’ai parcouru de semblables distances en avion avec comme seule idée de prendre un somnifère pour oblitérer le temps et ne pas trop regarder les jambes de l’hotesse en attendant qu’il fasse effet.
Mais il y a autre chose. On dit qu’on prend la mer, mais la mer nous prend bien plus encore. Victor Hugo, qui ne reculait devant aucun superlatif, disait ceci: «Il y a trois sortes d’hommes: les vivants, les morts, et ceux qui marchent sur les mers». On lui pardonne ces redondances parce que quelque part, c’est vrai. En mer, on est suspendu entre deux infinis qui nous dépassent tellement qu’ils nous donnent en définitive une valeur que nous n’avons pas vraiment mérité, mais qu’il serait tout aussi vain de refuser.
J’ai pensé avec une admiration teintée d’effroi aux navigateurs qui les premiers ont parcouru cet océan. Les Maho’is partis d’Asie, qui ont essaimé ces îles en moins d’un millénaire à bord de pirogues, propulsées à la rame ou avec une voile minuscule. Combien se sont perdus en mer, combien sont arrivés? Qu’est-ce qui les poussait? Qu’est-ce qui les guidait? Les grands navigateurs, les Magellan, les Cook, les La Pérouse, avaient déjà des bâtiments plus importants, même s’ils devaient souffrir atrocement de la moindre humeur du vent, quand le scorbut faisait des ravages dans l’équipage et que même les tonneaux d’eau douce se mettaient à puer.
La première chose qu’on apprend en mer, c’est l’humilité. La toute première chose. Maintenant je suis à terre et je peux faire le malin, hey, j’ai traversé le Pacifique! Mais je n’oublie pas ce moment où le vent est monté en colère, où le bateau s’est couché, où mes jambes et mes lèvres tremblaient, où il m’a fallu hurler de rage pour reprendre le contrôle de moi-même. Il y a des peurs dont on ne revient jamais intact.
Qu’est-ce qui nous fait avancer? De quoi sommes-nous fait? Si un jour le programme SETI tient ses promesses, qu’on arrive effectivement à contacter une autre planète et qu’un habitant de la banlieue de Bellatrix ou de Betelgeuse me demande à quoi ressemble ma planète, je sais que c’est cela que je devrais lui décrire d’abord: Blue on blue, cette étendue mouvante et changeante que même les plus hauts sommets ne peuvent égaler. Les deux tiers, ou les trois quart, je ne sais, de la surface de ce vulgaire caillou que les plus péteux d’entre nous, et ils sont légion, persistent à croire le centre de l’Univers. L’essentiel de ce que nous sommes.
La matière est-elle ondulatoire ou corpusculaire? Mon pote Steph vient de m’envoyer des photos de ce pic dans les Pyrénnées qu’il vient de grimper. Je regarde les reliefs alentour, je souris, ils ressemblent à des vagues.
Aujourd’hui je suis à terre, sur le Caillou, comme on appelle la Nouvelle Calédonie. Juste un autre caillou sur lequel je marche en claudiquant, bipède que je suis. En arrivant ici, je m’attendais à avoir le mal de terre mais non. J’ai bien tangué un peu, juste par politesse. Fermement ancré sur le plancher des vaches, je commence à projeter, pour plus tard, pour quand je n’aurais plus besoin de prendre mon assise sur les monts alentour.
Prochaines destinations: Brisbane ou Cairns, puis Bali, l’île enchanteresse que j’ai quitté il y a six ans en y laissant une partie de mon coeur. Non que je pense l’y retrouver mais les balinaises ont quelque chose que les femmes du monde entier leur envient, même si elles ne le savent pas. Une forme d’humour, peut-être. Une liberté de ton. J’adore papoter avec les balinaises, pendant que leurs maris balayent la cour en sifflotant. Elles ont ce rire de gorge auquel nul ne peut résister, et cette grâce que donne une civilisation multimillénaire où chaque geste, chaque mouvement du poignet, chaque ondulation du cou signifie réellement quelque chose.
Donc peut-être un prochain blog, qui sait? Celui-ci n’a pas trop mal marché, si j’en crois les statistiques. J’ai supprimé la possibilité de le commenter parce que je voulais un suivi dans mon texte mais vous pouvez toujours m’envoyer un courrier pour me donner votre avis: gregor.renard@gmail.com Je me suis aperçu aussi que les photos sont d’une bien piètre résolution mais on peut l’augmenter en ouvrant la photo dans une nouvelle fenêtre et en zoomant. En complément, on en trouvera d’autres, ainsi que quelques petits films de la traversée et de la Heiva de Tahiti sur http://gallery.me.com/greg.renard
De mon coté je ferai une mise à jour sur ce site pour vous tenir au courant de mes prochaines publications et d’un éventuel blog.
Merci à tous. J’espère que vous avez pris à lire ces textes autant de plaisir que j’ai eu à les écrire. Et bien sûr à les vivre.
Gégoire Renard.
mercredi 5 octobre 2011
180° parallèle
Quart de nuit magique. Une mer absolument étale, sans la moindre vague. Comment une telle immobilité est-elle possible dans cette gigantesque masse d’eau, le plus grand océan du monde? Une petite brise de six noeuds qui suffisait à faire avancer ce voilier étonnant à cinq, au près serré! Une parfaite glissade au-dessus de l’abîme, avec comme seul bruit une drisse qui tintait doucement contre le mat et le murmure de l’eau autour du safran, laissant une trainée d’étincelles dans cette mer chargée de plancton. Au zénith la froide lumière blanche de Jupiter. Derrière moi Orion, le chasseur puni par la chasseresse. Sur ma gauche Suhail al Muhlif, le joyau spectral des mers australes, dont l’éclat était tel que son reflet sur cette eau lisse venait jusqu’au bateau.
Nous avons doublé les Fidji par le Sud, non loin de la Bountyboat Pass, là où le capitaine Bligh, après avoir été déposé de son commandement par Fletcher Christian, emmena sa chaloupe et ses dix-neuf hommes restés fidèles jusqu’à Timor en Indonésie dans une traversée de plus de trois milles cinq cent miles sans perdre un seul homme. Now, THAT is seamanship, mate!
Puis nous sommes passés au jour d’après, 180° parallèle Est et Ouest confondus, 20° de latitude Sud. Un jeudi escamoté, qui devint d’un coup d’un seul un vendredi pour cause de terre ronde, et en plus elle tourne!
Les vertus de la religion: III ième siècle avant J.C., Eratosthène, curateur de la bibliothèque d’Alexandrie, calcule la circonférence de la Terre en s’aidant de l’ombre d’un puit et du pas d’un chameau. III ième siècle après J.C., Cosme de Byzance, grand patriache chrétien, décrète que, ainsi qu’il est dit dans l’évangile selon St Jean, la Terre est semblable aux Tables de la Loi, donc elle est plate. Entretemps la bibliothèque d’Alexandrie a été brulée et il faudra attendre plus d’un millénaire et la Renaissance pour décider que tous ces grecs n’étaient pas si cons et que C.C., marchand génois flairant la bonne affaire, décide d’ atteindre l’Inde en partant vers l’Ouest.
Alors j’ai ouvert ma carte du monde bien à plat et j’ai laissé mon doigt la parcourir jusqu’à trouver les antipodes. Je suis tombé non loin de Tombouctou où sans nul doute, à la même heure, deux vieux sages à barbiche et turban marchaient la tête en bas dans les couloirs de la bibliothèque de Sankoré en discutant des mérites de Hérodote et de Ibn Battuta, grands voyageurs devant l’Eternel.
vendredi 30 septembre 2011
en mer
L’arrivée aux Tongas fut une plaisante surprise. Je n’imaginais pas voir dans cette région du monde ces falaises rouillées percées de grottes, ce plateau de basalte découpé par la mer qui me rappela immanquablement la baie d’Halong. Arrivés dans le port de Neiafu, nous mîmes le bateau à quai en attendant les douanes mais on nous fit comprendre qu’ils ne viendraient pas avant le lendemain matin. L’heure c’est l’heure et pas de raison que les fonctionnaires tongiens soient différents des autres. Malgré l’interdiction d’aller à terre, chacun est allé faire tranquillement ses courses. J’ai trouvé un cybercafé, bu une bière locale et fait provision de fumigènes, comme disait Gainsbourg. Au milieu de la nuit, un fort vent s’est levé, projetant le bateau contre le quai, au point où le capitaine a décidé de dégager. Après avoir tourné un moment à la recherche d’un corps-mort, il a décidé de jeter l’éponge et nous sommes repartis vers le large, pas mécontent après tout puisque nous avions fait les appros et n’avions pas eu à payer la centaine de dollars que les consciencieux serviteurs du royaume de Tonga comptaient nous soutirer dans la matinée.
Une courte rencontre, mais qui me laisse un souvenir durable et l’envie de revenir plus à loisir naviguer dans cet archipel. Dans la matinée nous sommes passé au large de Late, la plus occidental des îles, juste un volcan posé sur l’eau, qui m’a ramené à la vie que j’ai laissé là-bas, loin, quand je promenais des touristes anglo-saxons en Amérique Centrale et que je leur expliquais la tectonique des plaques, shield volcano, volcans stromboliens, plinéiens, et la ceinture de feu du Pacifique. Avec un peu d’émotion, je me suis aperçu que ce volcan est la première marque, le premier soupçon que je suis effectivement passé de l’autre coté, que j’ai traversé d’Est en Ouest cette large tâche bleue sur les cartes que je leur montrais.
lundi 26 septembre 2011
Vavau, archipel des Tonga
Nous sommes passés au large des Cook et devrions atteindre les Tonga dans deux jours. Contre toute attente, notre allure est mainenant au près avec un vent de nord-ouest. Avec l’équinoxe nous arrive des informations contradictoires de la météo sur les différentes formations en jeu dans cette zone. On peut s’imaginer deux titans, deux barbus omnipotents jouant distraitement au go, avançant sur le tablier du Pacifique pions blancs et noirs, anti-cyclones et dépressions, et nous autres là en dessous, minuscules, essayant de zigzaguer entre les pièces...
Dans un de ses savoureux proverbes marins, Jean nous en avait prévenu. Voyant de beaux cirrhus rougeoyant dans le couchant, il s’était écrié: «Ciel échevelé et queue de jument font serrer la voile aux bateaux les plus grands.» Le lendemain, déjà bien incertain, l‘oracle se fit encore plus précis: «Soleil en hauban dans le couchant, marin, prépare ton caban!»
Tu parles... La nuit même, les grains se sont succédés. Depuis, la girouette a montré les quatre points cardinaux, il a fallu sans cesse changer la voilure et l’allure, avec des alternances de calme plat et de grains montant jusqu’à trente noeuds. On a eu droit à l’essentiel de la rose des vents, sauf, sauf celui de Sud-Est censé être notre pain quotidien dans cette traversée. Les alizés ne sont plus ce qu’ils étaient.
Je ne peux résister à l’envie de citer un autre de ses proverbes (mon préféré): «Ciel pommelé et femme fardée ne sont pas de longue durée». A bon entendeur...
dimanche 18 septembre 2011
Maupihaa
Des vents capricieux nous en emmenés plus au Nord que prévu jusqu’aux Iles sous le Vent. Nous avons attendu une journée à Raiatera que les alizés reprennent, ce dont je serai le dernier à me plaindre puisque nous sommes ainsi passé au large de Tahaa et surtout Bora Bora, montant sur l’horizon comme une forteresse céleste, sans nul doute le palais d’été de Neptune et Nérée.
Mes séminaristes se sont avérés très sympathiques, Jean un excellent marin et son voilier rapide et maniable (un Shark 45, pour les connaisseurs). Pour preuve l’entrée dans la passe de Maupihaa, dix mètres de large au mieux avec des arètes de corail affleurant des deux cotés et le mascaret de rigueur. On s’est quand même fait des sueurs froides, ce qui fait qu’une fois dans le lagon, on a patrouillé jusqu’à trouver des traces d’habitation dans une île apparemment déserte, pour essayer de connaitre les horaires des marées et le meilleur moment pour reprendre une passe qui ressemble un peu trop à une nasse.
Population: 1 habitant, une vahiné dont la vue m’a fait dire que les temps avaient bien changés depuis l’époque où Bougainville avait été tellement ébloui par leur beauté qu’il avait appelé Tahiti la Nouvelle Cythère. Un autre voilier avait tenté la même folie avant nous et elle était à leur bord, trop occupée à vider leur cave (deux mois qu’elle était seule dans l’île) pour nous réciter la table des marées.
Depuis que nous avons quitté les Iles de la Société, l’eau est devenue d’un bleu exquis, indigo, tendant vers le violet quand d’aventure un nuage passe devant le soleil. Une couleur éminement reposante pour l’oeil, comme si cette particulière fréquence avait le don d’apaiser et les sens et l’esprit.
Nous avançons bien. Vent arrière, le capitaine n’hésite pas à mettre toute la toile, génois et trinquette en ciseau, et jusqu’aux serviettes mises à sécher sur les glissières. Une confortable moyenne de huit noeuds avec des pointes allant jusqu à quatorze noeuds quand le bateau part en surf sur les vagues, seulement tenu par la quille.
Une sensation grisante, qui me change agréablement de C**, qui affalait tout ce qu’il pouvait à la moindre survente, au moindre petit grain à l’horizon, ne laissant du génois que le string d’une danseuse brésilienne. Que dis-je? L’étiquette du string!
mardi 13 septembre 2011
Bye bye Tahiti
Quand le géant Hiro, dieu des voleurs et des navigateurs, commença à rassembler les îles du Pacifique, il captura le Monstre des Mers et lui coupa les tendons pour qu’il reste ainsi à la même place, au centre des archipels. C’est Tahiti Nui, le grand serpent endormi, que je regarde pour la dernière fois depuis le ferry pour Moorea. Demain j’embarque sur le K’ed, un sloop de quarante pieds à destination des Tongas et la Nouvelle Calédonie.
Le plan Tetiaroa m’est encore passé sous le nez, pour la troisème fois. Je renonce. Direction Nouméa où, dit-on il y a beaucoup de travail et on vous paye en pépites de nickel. Il ne se passe rien dans ce pays. Les décideurs ne se décident pas à décider. Tout le monde se regarde en chien de fayence et absolument rien ne bouge. C’est la crise, mon bon monsieur.
Après deux mois à attendre un travail qui n’est jamais venu, je me retrouve en faillite déclarée, comme le premier pays occidental venu. Vexant, non? Encore une fois j’embarque à la desperado, tellement pressé de partir que je saute sur le premier pont sans chercher à savoir s’il ne va pas couler à la sortie de la baie. M’enfin le bateau à l’air solide, coque en aluminium, plus récent que son équipage de sexagénaires qui m’a fait comprendre déjà qu’à bord c’était no drug, no sex, no rock’n’roll. L’ électricité est comptée et on se baigne sur le pont à grands coups de seau. J’ai déjà vécu cette situation quelque part...
Quand j’y pense... J’ai lâché au Nicaragua une chouette petite bicoque et un boulot ma foi confortable et assez bien payé pour m’emmerder pendant des mois à dormir sur des couchettes quand ce n’est pas à même le sol, à partager des dortoirs avec des pétomanes, manger du cassoulet en boite, boire du Nescafé, et me retrouver à considérer que prendre une bière fraiche à une terrasse est un luxe que je ne peux décidemment pas me permettre.
Je dois être cinglé. Comme je regrette la Calle Cuiscoma aujourd’hui, ma petite maison dans le Barrio Maldito de Granada! Quelques pas m’auraient amené à la fraiche sur la Calzada boire une Victoria bien helada pour une vingtaine de Cordobas...
Faire le tour du monde, c’est une lubie d’adolescent bourgeois, ou de cinquantenaire qui ne sait pas quoi foutre de sa vie et qui se dit, tiens, pourquoi ne pas faire le tour du monde? comme s’il parlait de descendre un week-end à la mer.
Eh ben voilà où ça m’amène! Dans la merde jusqu’au cou, un oeil vers l’atelier et l’autre vers le mouillage, me demandant, en rythme s’il vous plait,
should i stay or should I go?
Yes my man. Si j’avais écouté mes parents, on n’en serait pas là. Quand je parlais de sauter de pont en pont, ce n’était pas talonné par la nécessité (encore que j’aurais bien aimé, au moins une fois, entendre siffler les sagaies de ma belle-famille autour de ma tête pendant que je pagaye comme un fou jusqu’à l’ile d’en face) Je voyais ça plus paisible, genre je prends bien mon temps pour choisir entre plusieurs bateaux dont les skippers sont tellement désespérés de m’avoir à bord qu’ils essaient de me saouler pour me faire embarquer. Je vérifie bien s’il y a un frigo qui fonctionne, un GPS, une couchette pour moi tout seul, une annexe avec un bon bourrin...
Ben non. A cheval donné on ne regarde pas la bouche, surtout s’il a une haleine de papou. On embarque d’abord et on discute après. Quinze jours en mer avec deux barbus séminaristes, je sens qu’on va s’éclater.
Je suis mauvaise langue. Si ça se trouve, ils sont très sympas. Et puis à vrai dire je m’en fous. Tant qu’on me laisse passer quelques heures allongé à la proue, le menton dans les mains à regarder la mer, je suis prêt à supporter n’importe quoi, même les mines de Nickel qui m’attendent au bout. Reprendre la mer...
Je suis de plus en plus accroché. La mer est une drogue dure, à accoutumance, ayant toute la puissance d’une révélation et une pureté, une vérité qu’aucun produit chimique ne donnera jamais. L’océan ne ment pas.
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